Soutien par les pair·e·s pour le personnel de première intervention et de la sécurité publique
Découvrez comment le soutien par les pair·e·s favorise la confiance, la résilience et le bien-être psychologique du personnel de première intervention et de la sécurité publique.
Le personnel de première intervention et de la sécurité publique (PSP) fait face à des exigences particulières qui peuvent comprendre des incidents critiques, du stress opérationnel, des prises de décision sous pression et une exposition répétée à des situations éprouvantes. Parallèlement à ces expériences, la vie en dehors du travail, notamment les préoccupations liées à la santé, les difficultés relationnelles, le deuil et d’autres facteurs de stress personnels, peut également avoir une incidence sur le bien-être.
La recherche et l’expérience vécue montrent que le soutien par les pair·e·s peut renforcer la confiance en soi, améliorer la qualité de vie, réduire la détresse et élargir le réseau de soutien social. En favorisant les liens et la compréhension mutuelle, il peut contribuer à renforcer la résilience et le bien-être psychologique au sein de l’organisation.
Cet article présente ce à quoi peut ressembler le soutien par les pair·e·s au sein des organisations de première intervention et de sécurité publique, explique son importance et montre comment il peut soutenir tant les personnes qui offrent du soutien que celles qui en recherchent.
Qu’est-ce que le soutien par les pair·e·s?
Le soutien par les pair·e·s réunit des personnes ayant vécu des expériences semblables pour qu’elles puissent s’aider mutuellement. Au sein des organisations de première intervention et de sécurité publique, il prend souvent la forme de programmes structurés dans lesquels des pair·e·s aidant·e·s bénévoles formé·e·s offrent un soutien émotionnel et pratique à leurs collègues. Ces personnes ne sont pas des conseiller·ère·s. Ce sont des personnes qui ont elles-mêmes surmonté des difficultés et qui sont prêtes à écouter, à réfléchir et à soutenir les autres avec respect et bienveillance.
Alors que le counselling est offert par des professionnel·le·s autorisé·e·s et peut comprendre une évaluation, un diagnostic ou des approches thérapeutiques structurées, le soutien par les pair·e·s repose sur l’expérience partagée et la compréhension mutuelle. Il met l’accent sur les liens, l’écoute et le soutien fondé sur l’expérience vécue plutôt que sur l’expertise clinique. Le soutien par les pair·e·s est une option parmi d’autres et vient compléter d’autres formes de soutien, notamment les services professionnels, ce qui permet à chaque personne de choisir la combinaison de soutien qui répond le mieux à ses besoins.
Le soutien par les pair·e·s repose également sur une structure et une intention claires. Contrairement aux échanges informels qui peuvent avoir lieu au quotidien, il suit des principes précis. Des lignes directrices encadrent notamment la confidentialité, les limites et la clarté des rôles. La formation aide les pair·e·s aidant·e·s bénévoles à écouter sans jugement, à intervenir lorsqu’une personne éprouve des difficultés et à reconnaître les situations où il est approprié de l’encourager à aller chercher du soutien supplémentaire.
Certaines organisations proposent des conversations individuelles, tandis que d’autres offrent des espaces de groupe, des séances sans rendez-vous ou une combinaison de différentes options. L’intention demeure la même : créer un espace où les personnes se sentent écoutées et respectées, et où elles n’ont pas à traverser seules ce qu’elles vivent. Ce sentiment d’être compris·e peut rendre les échanges plus naturels et permettre aux personnes de s’exprimer plus librement.
Pourquoi le soutien par les pair·e·s est important
Le personnel de première intervention et de la sécurité publique travaille souvent dans des milieux où la résilience, le travail d’équipe et la capacité à rester concentré·e sous pression sont essentiels. Bien que ces forces aident le personnel à accomplir son travail, elles peuvent aussi rendre plus difficile le fait d’aller chercher du soutien au besoin. Les préoccupations liées à la confidentialité, à la stigmatisation, aux répercussions sur la carrière ou à la façon dont les autres pourraient les percevoir peuvent constituer des obstacles à la recherche d’aide.
Le soutien par les pair·e·s contribue à réduire ces obstacles. Il offre une forme de soutien qui peut sembler plus familière et accessible puisqu’elle repose sur des expériences communes et une compréhension mutuelle. Pour le personnel de première intervention et de la sécurité publique, le soutien par les pair·e·s peut :
réduire le sentiment d’isolement en permettant aux personnes d’échanger avec quelqu’un qui comprend les réalités de leur travail;
favoriser des conversations plus tôt au sujet du stress opérationnel, du stress cumulatif, des difficultés personnelles ou des transitions de carrière, avant que ces situations deviennent plus difficiles à gérer;
renforcer la confiance nécessaire pour aller chercher du soutien supplémentaire au besoin, notamment auprès de services professionnels;
renforcer la confiance, la communication et le sentiment d’appartenance au sein des équipes et de l’organisation.
Certaines expériences peuvent également être difficiles à expliquer à une personne qui ne les a pas vécues. Les incidents critiques, l’exposition répétée à des traumatismes, les quarts de travail longs ou imprévisibles et le poids émotionnel qui peut en découler ne sont pas toujours faciles à faire comprendre en dehors de ce contexte. Parler à un·e pair·e aidant·e formé·e qui connaît directement ces réalités peut faciliter une communication ouverte, sans avoir l’impression de devoir expliquer ou simplifier son expérience.
Pour les gestionnaires, les programmes de soutien par les pair·e·s peuvent également contribuer à renforcer la culture organisationnelle. Lorsque le soutien est visible, digne de confiance et accessible, il contribue à créer un environnement où les personnes se sentent plus à l’aise de prendre des nouvelles les unes des autres et d’aller chercher du soutien lorsqu’elles en ont besoin.
Le soutien par les pair·e·s en pratique
Le soutien par les pair·e·s repose sur quelques principes clés qui orientent les échanges, notamment :
Réciprocité. Même si une personne agit à titre de bénévole, la relation repose sur notre humanité commune et sur des expériences vécues. L’objectif n’est pas de « réparer » une personne ni de lui dire quoi faire, mais plutôt de l’écouter et de chercher à la comprendre.
Choix. La participation au soutien par les pair·e·s est toujours volontaire. Chaque personne peut décider si elle souhaite y participer, à quel moment et de quelle façon. Ce sentiment de contrôle contribue à créer un sentiment de sécurité émotionnelle.
Confidentialité. Des lignes directrices claires permettent de préserver la confidentialité des échanges, sauf dans certaines situations précises où il existe un risque de préjudice. Savoir que ce qui est partagé sera traité avec respect peut aider les personnes à s’exprimer plus ouvertement.
Approche fondée sur les forces. Plutôt que de se concentrer uniquement sur les difficultés, les échanges peuvent porter sur ce qui a été utile par le passé, ce qui semble gérable dans le moment présent et les formes de soutien qui pourraient être utiles pour la suite.
Limites bien définies. Les pair·e·s aidant·e·s bénévoles n’offrent pas de conseils cliniques, ne posent pas de diagnostic et n’offrent pas de thérapie. Lorsqu’une personne a besoin de soins supplémentaires, les pair·e·s aidant·e·s bénévoles peuvent l’orienter vers les ressources appropriées.
Ensemble, ces éléments contribuent à créer un espace bienveillant sans être envahissant, et structuré sans être rigide.
Ce que l’on peut ressentir de part et d’autre de la conversation
Que l’on participe à une conversation à titre de pair·e aidant·e bénévole ou que l’on aille chercher du soutien, l’expérience peut être différente chaque fois. Certaines conversations s’amorcent facilement, tandis que d’autres prennent un peu plus de temps à s’installer. Les deux font partie du processus.
Pour la personne qui offre du soutien par les pair·e·s, le rôle consiste souvent avant tout à être présente. Il n’est pas nécessaire de trouver les mots parfaits ni d’orienter la conversation dans une direction précise. Écouter, laisser de l’espace et demeurer ouvert·e à ce qui est partagé peut suffire pour aider une personne à se sentir entendue. La confiance se construit généralement peu à peu, grâce à de petits gestes : être attentif·ve, faire preuve de respect et être constant·e. Pour le personnel de première intervention et de la sécurité publique, cette confiance est souvent renforcée par le fait de savoir que la personne qui écoute comprend directement les réalités du travail.
Il arrive qu’une conversation aborde des sujets qui nécessitent un soutien supplémentaire. Dans ces situations, le rôle peut aussi consister à aider la personne à accéder à des ressources, comme un programme d’aide aux employé·e·s (PAE) ou d’autres services appropriés offerts dans le milieu de travail ou dans la communauté. Prendre du recul peut également faire partie du soutien, particulièrement lorsque la conversation fait écho à ses propres expériences ou devient difficile à porter. Faire une pause, demander conseil ou prévoir un suivi peut aider à maintenir un cadre stable et sécurisant pour toutes les personnes concernées.
Pour la personne qui va chercher du soutien, le point de départ peut être très différent. Certaines personnes savent clairement de quoi elles souhaitent parler. D’autres ont simplement l’impression que quelque chose ne va pas, sans savoir exactement comment le décrire. La conversation peut commencer au milieu d’une pensée, avec hésitation ou sans savoir quoi dire. Il n’est pas nécessaire d’avoir organisé ses idées avant de les partager.
Ce qui peut aider, c’est de savoir que la conversation peut avancer à un rythme confortable. Il n’est pas nécessaire de tout expliquer parfaitement ni de tout dire en une seule fois. Qu’il soit question d’un incident critique récent, de stress opérationnel qui perdure ou de difficultés à l’extérieur du travail, ces échanges peuvent contribuer à façonner la façon dont le soutien est vécu au travail : stable, respectueux et accessible au moment où l’on en a besoin.
Soutenir les pair·e·s aidant·e·s bénévoles
Être présent·e pour les autres peut être valorisant, mais cela peut aussi demander de l’énergie par moments. Un soutien continu peut faire une réelle différence, qu’il s’agisse de formation, de suivis réguliers, d’occasions de faire le point ou de l’accès à des conseils lorsque certaines conversations ou expériences difficiles deviennent plus exigeantes.
Il est également important d’établir des limites claires. Les pair·e·s aidant·e·s bénévoles sont encouragé·e·s à reconnaître leurs limites, à prendre du recul au besoin et à aller chercher du soutien pour eux-mêmes. Une supervision et des consultations continues, ainsi que des occasions d’échanger avec d’autres pair·e·s aidant·e·s bénévoles, peuvent contribuer à maintenir un soutien sécuritaire et efficace. Cela permet de préserver à la fois leur bien-être et la qualité du soutien qu’ils offrent.
Le rôle des gestionnaires dans le soutien par les pair·e·s
Les programmes de soutien par les pair·e·s sont plus solides lorsqu’ils bénéficient de l’appui de l’ensemble de l’organisation. Même si les pair·e·s aidant·e·s bénévoles formé·e·s sont au cœur de ces échanges, les gestionnaires jouent également un rôle important dans la création d’un environnement où les personnes se sentent à l’aise d’aller chercher du soutien.
Les gestionnaires contribuent également à jeter les bases d’un programme de soutien par les pair·e·s efficace en veillant à ce que les bénévoles soient bien adapté·e·s au rôle et aient accès à la formation et au soutien continu dont ils ont besoin. Les pair·e·s aidant·e·s bénévoles sont ainsi mieux préparé·e·s à soutenir leurs collègues de façon sécuritaire et avec confiance, tout en respectant des limites clairement définies dans le cadre de leur rôle.
La confiance est un élément essentiel de tout programme de soutien par les pair·e·s. Les gestionnaires peuvent contribuer à la renforcer en veillant à ce que les employé·e·s comprennent ce qu’est le soutien par les pair·e·s, comment il fonctionne et à quoi ils peuvent s’attendre. Une communication claire au sujet de la confidentialité, des limites du rôle et de l’objectif du soutien par les pair·e·s peut aider les personnes à se sentir plus en confiance lorsqu’elles vont chercher du soutien.
Les gestionnaires peuvent également contribuer à créer un milieu de travail où il est bien accepté d’aller chercher du soutien. Lorsque les conversations sur la santé mentale sont abordées avec ouverture, respect et compassion, cela peut contribuer à réduire la stigmatisation et à renforcer l’idée qu’aller chercher du soutien fait partie des façons de prendre soin de son bien-être.
Il est tout aussi important de soutenir les pair·e·s aidant·e·s bénévoles. Ils ont besoin de formation continue, d’occasions de faire le point et de la flexibilité nécessaire pour prendre du recul au besoin afin de préserver leur propre bien-être.
L’évaluation régulière du programme est essentielle à sa réussite à long terme. Recueillir les commentaires, être à l’écoute des employé·e·s et des pair·e·s aidant·e·s bénévoles et apporter des ajustements à mesure que les besoins évoluent peuvent contribuer à ce que le programme demeure pertinent, digne de confiance et adapté aux besoins.
Créer un milieu de travail plus solidaire
Créer un espace pour le soutien par les pair·e·s témoigne d’un engagement plus large envers le bien-être. Cela montre que les liens, la compréhension et la bienveillance font partie intégrante de la façon dont les personnes travaillent ensemble.
Au fil du temps, ces espaces peuvent contribuer de façon significative à façonner la culture du milieu de travail. Les conversations peuvent devenir plus ouvertes, et il peut devenir plus naturel de prendre des nouvelles les un·e·s des autres. Le soutien devient alors une responsabilité partagée, plutôt que quelque chose que chacun·e doit gérer de son côté.
Si un programme de soutien par les pair·e·s est offert dans votre organisation, renseignez-vous sur son fonctionnement et sur la façon d’y accéder.
Références
Commission de la sante mentale du Canada (s.d.) The Power of Peer Support. Consulté le 12 août 2026 sur https://cmha.ca/wp-content/uploads/2024/09/The-power-of-peer-support.pdf (Seulement en anglais)
Commission de la santé mentale du Canada (2013) Le soutien par les pairs : une nécessité. Consulté le 12 août 2026 sur https://commissionsantementale.ca/resource/soutien-par-les-pairs-une-necessite/
Institut Atlas pour les vétérans et leur famille (2025) Lignes directrices sur le soutien par les pairs pour les vétéran·e·s, les militaires, le personnel de la sécurité publique et leur famille. Consulté le 12 août 2026 sur https://atlasveterans.ca/fr/centre-de-connaissances/soutien-par-les-pairs/lignes-directrices-en-matiere-de-soutien-par-les-pairs-pour-les-veterans-les-militaires-le-personnel-de-la-securite-publique-et-leur-famille/
Mental Health America (s.d.) What is Peer Support? Consulté le 12 août 2026 sur https://mhanational.org/resources/what-peer-support/ (Seulement en anglais)