Répondre à un autre type d’urgence: Identifier les signes avant-coureurs et les symptômes d’une crise de santé mentale
Une crise de santé mentale est un point critique d’instabilité émotionnelle ou psychologique qui nécessite une intervention immédiate, et sa reconnaissance précoce est essentielle pour protéger le bien-être du personnel de sécurité publique.
Une crise de santé mentale peut survenir soudainement et implique souvent un changement significatif dans l’état émotionnel ou psychologique de la personne. Pour le personnel de la sécurité publique et les premiers répondants, ces crises sont souvent aggravées par les traumatismes cumulatifs, les pressions et la culture du milieu de travail, ainsi que la difficulté d’obtenir un accès rapide et efficace aux services de soutien en santé mentale. Les policiers, les ambulanciers, les pompiers, les agents correctionnels, les professionnels de la santé et bien d’autres intervenants en cas d’incident critique sont régulièrement confrontés à des situations hautement stressantes, dont l’impact psychologique peut être durable.
Qu’est-ce qu’une crise de santé mentale ?
Une crise de santé mentale se définit comme une situation dans laquelle le comportement, les émotions, la réaction physiologique ou les pensées d’une personne deviennent si intenses ou désorganisés qu’ils représentent un risque pour son bien-être ou la sécurité des autres, ou qu’ils nuisent gravement à sa capacité de gérer le quotidien. Il ne s’agit pas nécessairement d’un diagnostic formel, mais plutôt d’un point critique d’instabilité émotionnelle, psychologique ou comportementale nécessitant une intervention immédiate.
Pour certains, une telle crise peut impliquer des pensées suicidaires actives, une perte de contact avec la réalité (psychose) ou des attaques de panique sévères. Pour d’autres, elle peut se manifester par un blocage émotionnel, un comportement erratique ou risqué, ou un retrait complet des responsabilités sociales ou professionnelles. Il est important de noter qu’une crise peut se développer progressivement ou apparaître soudainement, sans avertissement.
Une crise peut engendrer :
Une intense détresse émotionnelle ou un accablement difficile à gérer seul
L’incapacité à prendre soin de soi ou à répondre à ses besoins de base
Une augmentation des comportements à risque (ex. : consommation accrue d’alcool ou de drogues, conduite dangereuse, conflits, bagarres, dépenses excessives, problème de jeu, comportements sexuels à risque)
Des difficultés cognitives importantes : désorganisation de la pensée ou difficulté à se concentrer, à faire des plans ou à résoudre des problèmes
Des pensées ou des comportements représentant un danger imminent pour soi ou pour autrui (ex. : idées suicidaires ou homicidaires)
Une perte de contact avec la réalité (délire ou hallucinations)
L’incapacité à fonctionner normalement à la maison, au travail ou en société
Chez les intervenants de la sécurité publique et les premiers répondants, une crise peut aussi se manifester par un effondrement soudain des mécanismes d’adaptation après une exposition prolongée au stress ou au traumatisme. Ces personnes peuvent continuer à « fonctionner » sous pression — se présenter au travail et répondre aux urgences — jusqu’à ce que leur seuil émotionnel soit dépassé et qu’elles ne soient plus en mesure de gérer tout le stress accumulé, ce qui entraîne souvent un épuisement, une rupture émotionnelle ou des comportements dangereux.
Une crise de santé mentale est une urgence médicale et psychologique — ce n’est pas un signe de faiblesse. Elle nécessite une attention immédiate, du soutien et, souvent, un traitement professionnel. La reconnaître tôt peut faire la différence entre une récupération gérable et des complications à long terme.
Reconnaître les signes avant-coureurs
L’identification précoce des signes et symptômes courants de stress mental permet un soutien rapide, une désescalade et un accès aux interventions appropriées — réduisant ainsi le risque de détresse psychologique prolongée, d’automutilation, d’épuisement ou de dommages psychologiques durables. Cela est particulièrement crucial pour le personnel de la sécurité publique, qui retarde souvent la recherche d’aide en raison de la stigmatisation, de la peur des conséquences professionnelles ou de l’habitude ancrée de prioriser les autres.
En comprenant les signaux subtils de détresse émotionnelle, comportementale, cognitive et physique et en y réagissant, les collègues, les superviseurs et les proches peuvent intervenir avant qu’une crise n’atteigne un point critique. Dans certains cas, une action précoce peut sauver une vie et préserver une carrière.
Signes émotionnels
Engourdissement émotionnel ou détachement : particulièrement chez ceux exposés à des traumatismes répétés. La personne pourrait notamment dire qu’elle ne ressent « rien », même lors de situations qui devraient être importantes pour elle sur le plan émotionnel.
Irritabilité ou colère : réactivité émotionnelle accrue due au stress accumulé ou au manque de repos.
Hypervigilance : état d’alerte exagéré, souvent décrit comme « toujours sur le qui-vive ».
Culpabilité et honte : notamment le sentiment de culpabilité du survivant ou le fait de s’attribuer une responsabilité exagérée ou injustifiée après des appels traumatisants ou des incidents au cours desquels d’autres personnes ont subi un traumatisme.
Chagrin accablant : incapacité à faire le deuil, que ce soit en raison de la perte d’un collègue ou d’un événement traumatisant impliquant un enfant ou ayant fait une victime.
Sentiment d’inutilité ou d’impuissance : impression que le travail ne sert à rien, souvent exprimée par des phrases comme « À quoi bon ? » ou « Nous n’aidons plus vraiment qui que ce soit ».
Signes comportementaux
Consommation de substances et automédication : usage d’alcool, de cannabis, de drogues ou de médicaments pour dormir, s’engourdir ou fuir la réalité.
Isolement social : éviter les amis, collègues ou événements familiaux ; passer trop de temps seul ou à dormir.
Surmenage compulsif : prendre des quarts supplémentaires pour éviter la vie personnelle ou la douleur émotionnelle.
Perte d’intérêt pour les loisirs : les activités autrefois appréciées (sports, pêche, temps passé en famille, etc.) ne procurent plus de plaisir.
Accès de colère ou conflits accrus : surtout dans les relations proches — se fâcher facilement, crier après les gens ou les agresser physiquement.
Négligence de l’hygiène personnelle : baisse de l’attention portée à l’apparence, particulièrement en comparaison aux habitudes précédentes.
Symptômes cognitifs
Idées suicidaires accrues : pensées persistantes de mettre fin à ses jours, élaboration de plans, recherche de moyens.
Flashbacks ou souvenirs intrusifs : fait de revivre de façon vive des événements traumatiques, souvent déclenché par un son, une odeur, un lieu ou autre chose.
Cauchemars ou rêves perturbants : liés à des incidents critiques passés.
Dissociation : sentiment de déconnexion de soi ou de son environnement, parfois décrit comme le fait de « voir la vie défiler comme sur un écran ».
Pensées catastrophiques ou désespérées : « Rien ne s’améliorera jamais », « Il n’y a pas d’issue ».
Difficulté à prendre des décisions : même pour des tâches simples, souvent associée à l’anxiété ou l’accablement.
Réduction de la conscience situationnelle : temps de réaction plus lents ou détails manqués pouvant nuire au rendement ou à la sécurité au travail.
Symptômes physiques
Fatigue chronique ou épuisement : fatigue persistante non soulagée par le sommeil.
Maux de tête et tensions musculaires : surtout au cou, aux épaules et au dos, souvent en raison d’un stress excessif.
Problèmes digestifs : nausées, diarrhée, douleurs abdominales sans cause physique claire.
Maladies fréquentes : système immunitaire affaibli par le stress chronique, ce qui peut mener à des épisodes de rhume ou des infections à répétition.
Changements d’appétit : augmentation ou diminution marquée de l’appétit et perte ou prise de poids.
Palpitations cardiaques ou douleurs thoraciques : souvent confondues avec des problèmes cardiaques, mais liées à l’anxiété ou à une attaque de panique.
Reconnaître les signes précoces d’une crise de santé mentale est essentiel, surtout dans les professions à haut stress. Pour le personnel de la sécurité publique, la culture du silence ou de l’invulnérabilité peut retarder la recherche d’aide. Il est crucial de sensibiliser et de faciliter l’accès à un soutien confidentiel et sans stigmatisation.
Ressources en cas de crise de santé mentale
Vous trouverez ci-dessous des organisations et des services adaptés à la fois au grand public et au personnel de la sécurité publique en Ontario :
Pour tous les résidents de l’Ontario
ConnexOntario (1-866-531-2600) : Soutien en matière de santé mentale, de toxicomanie et de jeu compulsif offert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Site web : www.connexontario.ca/frGerstein Crisis Centre (416-929-5200) : Services comprenant assistance téléphonique 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, équipe de crise mobile, références de soutien communautaire, gestion des crises liées à la consommation de substances, suivi et accès à des lits à court terme.
Site web : Gerstein Crisis CentreDistress and Crisis Ontario (DCO) : Mise en contact des utilisateurs avec des centres d’aide et d’écoute locaux partout en Ontario, avec la possibilité de communiquer par clavardage ou par texto et des options pour le personnel de première ligne en crise.
Site web : https://www.dcontario.orgParlons Suicide Canada (1-833-456-4566 ou 45645 par texto) : Ligne d’aide en cas de crise avec des répondants qualifiés offerte en Ontario et partout au pays.
Distress Centres of Greater Toronto : Soutien gratuit et confidentiel par téléphone ou par texto pour les résidents de Toronto, de Peel et des environs.
Site web : www.dcogt.comRetrouver son entrain Ontario : Programme gratuit de développement des compétences pour les Ontariens de 15 ans et plus présentant des symptômes légers à modérés de dépression ou d’anxiété.
Site web : www.bouncebackontario.ca/fr
Ressources spécialisées pour le personnel de la sécurité publique
Ontario First Responders’ Mental Health (TEMA Foundation) : Soutien clinique et par des pairs, formation et sensibilisation.
Site web : www.tema.foundationInstitut canadien de recherche et de traitement en sécurité publique (ICRTSP) : Données de recherche sur la santé mentale et outils d’autoévaluation pour les membres du personnel de la sécurité publique et des forces armées, ainsi que thérapie cognitive comportementale sur Internet, aussi appelée TCCI, adaptée aux besoins des membres actuels et anciens du PSP et de leurs conjoints.
Site web : ICRTSP | Thérapie sur Internet pour le PSP (PSPNET)Badge of Life Canada : Soutien en matière de santé mentale par des pairs et ressources pour les premiers répondants et le personnel de la sécurité publique.
Site web : www.badgeoflifecanada.orgWounded Warriors Canada : Programmes sur la résilience au traumatisme, thérapie de couple et soutien par les pairs pour les anciens combattants, les militaires et les premiers répondants.
Site web : www.woundedwarriors.ca/frFirst Response Mental Health : Outils numériques de soutien en matière de santé mentale basé sur le soutien par des pairs et plateformes de mieux-être en milieu de travail pour le personnel des forces policières, des services d’incendie, des services médicaux d’urgence et des services correctionnels.
Site web : First Response Mental Health | Mobile First Responder Wellness Solutions