La santé mentale selon les cultures: stigmatisation, langue et guérison
La stigmatisation liée à la santé mentale varie selon les cultures et peut freiner la recherche d’aide; créer des milieux de travail inclusifs et culturellement sensibles est essentiel pour soutenir le bien-être du personnel de sécurité publique.
Qu’est-ce que la stigmatisation en santé mentale ?
La stigmatisation en santé mentale fait référence aux attitudes négatives, croyances et stéréotypes dirigés envers les personnes vivant des difficultés psychologiques. Ces perceptions peuvent décourager la recherche d’aide, freiner la guérison et entraîner des conséquences psychologiques à long terme. Fait intéressant, la stigmatisation n’est pas vécue de la même manière dans toutes les cultures. Les valeurs culturelles, la langue et le contexte historique influencent la manière dont la santé mentale est comprise et abordée. Pour le personnel de la sécurité publique (PSP), souvent issu de milieux culturels divers, comprendre ces différences est essentiel pour créer des environnements de travail inclusifs et bienveillants.
Perspectives culturelles sur la stigmatisation en santé mentale — Comment la stigmatisation en santé mentale peut-elle être perçue différemment dans diverses cultures ?
La stigmatisation est fortement influencée par les valeurs culturelles. Dans les cultures collectivistes (en Extrême-Orient, au Moyen-Orient et dans de nombreuses sociétés d’Afrique), l’importance accordée à la réputation familiale et au bien-être communautaire peut faire de la maladie mentale une source de honte. Les individus peuvent taire leur souffrance pour protéger l’honneur familial, ce qui mène au silence et à la détresse intériorisée. Demander de l’aide à l’extérieur, notamment à un thérapeute, peut être perçu comme inhabituel ou inutile, renforçant ainsi la stigmatisation.
Dans les cultures individualistes (en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest), il peut y avoir une plus grande ouverture à parler de santé mentale. Toutefois, la stigmatisation persiste, souvent liée à des idéaux de force, d’autonomie ou de compétence professionnelle. Par exemple, un membre du PSP peut ressentir une pression à « garder le contrôle », craignant que parler de santé mentale soit perçu comme un manque de force, de résilience ou de professionnalisme.
Les visions autochtones offrent une autre perspective. De nombreuses cultures autochtones considèrent la santé mentale comme intimement liée aux sphères spirituelle, physique et communautaire. Plutôt que d’isoler la santé mentale comme un problème « médical », la guérison passe par la communauté, le lien à la terre, les cérémonies traditionnelles et le récit. Dans ce contexte, les modèles cliniques occidentaux peuvent sembler étrangers ou insuffisants, surtout s’ils ne respectent pas les pratiques traditionnelles.
Le rôle de la langue dans la stigmatisation — Comment la langue façonne-t-elle les perceptions de la santé mentale ?
La langue est essentielle pour comprendre nos expériences, nommer nos émotions et construire notre identité. Elle influence la manière dont nous exprimons notre bien-être émotionnel et cherchons du soutien. Dans certaines cultures, le vocabulaire lié à la santé mentale est limité, voire inexistant. Il peut ne pas exister de mots pour désigner des expériences comme l’anxiété ou la dépression, ce qui rend difficile leur reconnaissance et leur expression.
Cela peut être particulièrement difficile pour les membres du PSP dont la langue maternelle ou le cadre culturel ne permet pas d’exprimer clairement les concepts de santé mentale. Sans services adaptés culturellement ou linguistiquement, ces personnes peuvent se sentir isolées, incomprises ou incapables d’accéder à des soins appropriés. Même lorsque des services existent, s’ils ne sont pas offerts de manière culturellement sensible ou dans la bonne langue, ils risquent de ne pas être utilisés.
L’influence de l’acculturation — Qu’est-ce que l’acculturation et quelle est son incidence sur la santé mentale ?
L’acculturation désigne le processus par lequel une personne s’adapte à une nouvelle culture tout en conservant des éléments de sa culture d’origine. Pour les membres du PSP issus de l’immigration, cela peut créer des tensions internes entre les valeurs de leur culture d’origine et celles de leur milieu de travail ou du pays d’accueil.
La stigmatisation en santé mentale peut être amplifiée par ce conflit. Par exemple, une personne issue d’une culture où la vulnérabilité émotionnelle est stigmatisée peut avoir du mal à concilier son éducation avec un environnement professionnel qui valorise l’ouverture. D’autres peuvent se sentir exclus par des services de santé mentale qui ne tiennent pas compte de leur culture ou de leur langue.
Les immigrants de première génération travaillant dans la sécurité publique peuvent aussi vivre un isolement particulier, leurs expériences et leurs perspectives en matière de bien-être mental ne correspondant pas aux normes dominantes. Cela peut entraîner une sous-déclaration des symptômes, des retards de traitement et des difficultés à établir une relation de confiance avec les professionnels en santé mentale.
Créer des environnements inclusifs et culturellement sécuritaires nécessite plus que l’accès aux services : cela exige une approche sensible à la culture, qui reconnaît et respecte l’influence de celle-ci sur la perception, l’expression et le traitement de la santé mentale.
Culture et rétablissement en santé mentale — Comment la culture influe-t-elle sur la façon dont on aborde le rétablissement et le bien-être en santé mentale ?
Le rétablissement n’est pas un parcours universel. Dans les cultures collectivistes, la guérison est souvent attendue au sein de la famille ou de la communauté. Consulter un thérapeute extérieur peut sembler étrange, stigmatisant, voire déloyal. Cela peut créer des tensions pour les membres du PSP, dont les soutiens disponibles sont souvent ancrés dans des modèles thérapeutiques occidentaux.
Dans les cultures occidentales individualistes, les soins en santé mentale sont centrés sur l’individu. Le rétablissement est perçu comme une responsabilité personnelle, axée sur la conscience de soi, l’autonomie et la thérapie professionnelle. Bien que parler de santé mentale soit de plus en plus accepté, des obstacles subsistent : peur de la vulnérabilité, stigmatisation intériorisée ou croyance qu’il faut s’en sortir seul.
Dans les cultures autochtones, la santé mentale est comprise de manière holistique et interconnectée. Plus qu’une question d’état d’esprit ou d’émotions, le bien-être implique un équilibre entre soi, la communauté, la terre et l’esprit. Les pratiques de guérison incluent les cérémonies, les récits, les activités en lien avec la nature et la réflexion collective. Plutôt que d’isoler les symptômes, ces modèles privilégient le bien-être relationnel et spirituel, souvent à travers les générations.
Comment améliorer la compétence culturelle dans le soutien en santé mentale pour le PSP
À l’échelle individuelle :
Favoriser des conversations inclusives : Encourager des discussions ouvertes sur la santé mentale qui intègrent, par exemple, des visions spirituelles, familiales ou communautaires du bien-être.
Accessibilité linguistique : Promouvoir l’accès à des services de traduction et à des ressources en santé mentale dans plusieurs langues pour que tous les membres du PSP puissent y avoir recours.
À l’échelle organisationnelle :
Intégration de l’humilité culturelle : Reconnaître que chaque expérience est façonnée par la culture. Il est essentiel d’éviter les suppositions et de prendre le temps de comprendre les points de vue diversifiés en santé mentale.
Conception de politiques inclusives : Élaborer des politiques qui tiennent compte des différentes conceptions du bien-être, y compris les pratiques enracinées dans des traditions culturelles, spirituelles ou communautaires.
Ressources adaptées : Créer des programmes qui intègrent des pratiques culturellement informées aux approches conventionnelles de la santé mentale, en offrant des parcours de soutien flexibles et respectueux pour les personnes issues de divers horizons.
Autres ressources :
CAMH – Services culturellement adaptés : culturally-competent-services-pdf.pdf
National Collaborating Centre for Indigenous Health – Soutenir le bien-être mental des Autochtones :
https://www.nccih.ca/495/Supporting_Indigenous_Mental_Wellness.nccih?id=260
Référence
Kleinman, A. (1988). Rethinking Psychiatry: From Cultural Category to Personal Experience [Repenser la psychiatrie : de la catégorie culturelle à l’expérience personnelle].
Gone, J. P. (2013). « Redressing First Nations historical trauma: Theorizing mechanisms for Indigenous culture as mental health treatment » [Remédier aux traumatismes historiques des Premières Nations : Théoriser les mécanismes de la culture autochtone comme traitement en santé mentale]. Transcultural Psychiatry, 50(5), 683–706.
Sue, S., Cheng, J. K. Y., Saad, C. S., & Chu, J. P. (2012). « Asian American mental health: A call to action » [La santé mentale des Américains d’origine asiatique : Un appel à l’action]. American Psychologist, 67(7), 532–544.
Berry, J. W. (1997). « Immigration, acculturation, and adaptation » [Immigration, acculturation et adaptation]. Applied Psychology, 46(1), 5–34.